Document sans titre
 

Fil RSS Souscrire au fil RSS

 
 
Loi du 11 février 2005
Présentation
L’Unisda (Union nationale pour l’Insertion Sociale du Déficient Auditif) fédère les principales associations représentatives des publics de personnes sourdes ou malentendantes qui (...)
 
 
Dernière mise à jour :
11 mai 2017


 


20 ans du CSA : discours de Michel Boyon

20ème anniversaire du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel
Paris, le 3 février 2009

Vidéo de l’intervention de Michel Boyon, président du CSA, avec l’interprétation en LSF, sur le site du CSA :

Transcription du discours :

Monsieur le président de l’Assemblée nationale, cher Bernard Accoyer,
Madame et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les députés,
Mesdames et Messieurs les sénateurs,
Mesdames et Messieurs les présidents, ce qui doit représenter à peu près la quasi-totalité de la salle,
et plus simplement, mes chers amis,

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a été créé par une loi du 17 janvier 1989, il fête donc aujourd’hui son 20e anniversaire. Mais cette année, c’est aussi le 87e anniversaire de la première émission de radio destinée au public, et c’est le 73e anniversaire de la première émission officielle de la télévision française, sous l’impulsion, j’ai la malice de vous le dire, de Georges Mandel.
Vous vous dites : pourquoi il nous raconte tout ça ? Tout simplement parce que cette soirée anniversaire des vingt ans du CSA, je voudrais aussi qu’elle soit une soirée en hommage à l’audiovisuel français, à ces radios et à ces télévisions qui font l’histoire quotidienne, mais qui sont en même temps les témoins de l’Histoire avec un grand H, qui ont la responsabilité d’informer et d’instruire, mais aussi de divertir et d’ouvrir sur autrui, qui sont la mémoire de la France, qui accompagnent les mutations de notre pays, qui sont aussi les agents de ces transformations.

Alors hommage à l’audiovisuel français, hommage au service public, qui occupe une place forte dans notre pays, qui est une référence dans beaucoup de domaines, en France comme à l’étranger, et à qui la loi qui sera très prochainement votée par le Parlement va donner, nous en sommes convaincus, un nouvel élan.

Hommage aux stations de radios privées et aux chaînes de télévision privées, qui ont conquis la majorité de l’audience, et qui, les unes en rassemblant parce qu’elles étaient généralistes, les autres en se spécialisant parce qu’elles étaient thématiques, ont trouvé leur place dans le paysage audiovisuel français.

Hommage à la filière technique, par la qualité de la fabrication, de la production, de la diffusion.

Hommage enfin à toutes ces entreprise de production audiovisuelle, il y en a 1 500 dans notre pays, de toutes tailles, de toutes dimensions, de toutes activités, mais qui jouent un rôle extrêmement important au service de l’expression culturelle française.

Aujourd’hui, oui, l’audiovisuel français tient son rang, et sait le tenir. Les Français, naturellement, le critiquent, sinon ils ne seraient pas des Français, mais les étrangers nous l’envient.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel, depuis vingt ans, s’est efforcé de contribuer à ce succès, et je me permettrai de dire, parce que je n’y suis que pour 2/20e, qu’il y a réussi. Il a réussi à accompagner une période d’intenses développements, de constantes mutations, qui a fait suite à la libéralisation des ondes, et qui s’accompagne de transformations technologiques extrêmement profondes.

Dans le sillage des deux autorités de régulation qu’ont présidées Michèle Cotta et Gabriel de Broglie, le Conseil supérieur de l’audiovisuel, sous la présidence éclairée de Jacques Boutet, puis d’Hervé Bourges, puis de Dominique Baudis, a compris cette période exceptionnelle. Il l’a comprise grâce à sa connaissance intime de l’audiovisuel, grâce à ses initiatives pertinentes, grâce aussi à sa capacité de jugement. Et pour cela, il s’est beaucoup transformé.

Jacques Boutet doit s’en souvenir, lorsque François Mitterrand a installé le Conseil supérieur de l’audiovisuel il y a vingt ans, il a dit à ses membres : « Vous êtes un peu rentrés au couvent. » Je voudrais quand même rassurer les trois nouveaux venus, le président Mitterrand a, me semble-t-il, un tout petit peu exagéré. Mais il a rectifié ou complété son propos en disant : « Un drôle de couvent, car c’est un couvent qui doit ouvrir les fenêtres et les portes grandes ouvertes. »

Je crois que, depuis vingt ans le CSA s’est inspiré du précepte qui lui avait été donné par le président Mitterrand, et il l’a fait à effectif constant, je le dis notamment à l’intention de M. Eric Woerth, notre ministre du Budget, des Comptes et la Fonction publique, les effectifs du CSA n’ont pas augmenté depuis 1989. Et pourtant, dans le même laps de temps, le nombre des télévisions a explosé, on est passé de 6 à 375.

Je voudrais témoigner ma reconnaissance, au nom du collège, à tous, aux anciens présidents du Conseil supérieur de l’audiovisuel, à tous ceux qui en ont été membres, à ses directeurs et à ses directrices, à ses cadres, à l’ensemble de ses collaborateurs, sans oublier ceux qui travaillent en province dans les comités techniques radiophoniques.

La première force du CSA, c’est la collégialité. Les membres du collège, vous les avez sous les yeux, ont des formations différentes, des parcours professionnels différents, des expériences différentes, des centres d’intérêt différents, des sensibilités différentes, des personnalités différentes, et grâce à une très curieuse alchimie qui ne peut se réaliser que dans une institution comme la nôtre, on parvient à donner énormément de force, de cohérence, d’homogénéité à ce collège, à telle enseigne d’ailleurs que les votes sont rares, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Grâce à la qualité des débats, on peut rapprocher les points de vue et on peut parvenir à des consensus.
La deuxième force du CSA, c’est son indépendance, qui a toujours été réelle. Les trois présidents ici présents peuvent en attester, et compte tenu des responsabilités que j’ai personnellement exercées depuis vingt ans, je suis bien placé pour en témoigner.

Entendons-nous bien, lorsque je parle d’une indépendance du CSA, c’est l’indépendance qui est conçue et appliquée pour le bien de notre audiovisuel, pour le bien de notre société, ce n’est pas une indépendance que l’on rechercherait pour le plaisir. C’est pourquoi à mes yeux l’indépendance n’est pas la condamnation au silence. Le CSA s’exprime chaque fois que cela lui semble utile, le CSA a le droit de s’exprimer lorsqu’il le juge opportun, le CSA a le devoir de s’exprimer lorsque les circonstances l’exigent, et le législateur me le pardonnera, il s’exprimera même dans les cas où les textes ne le prévoient pas expressément.

Ceci ne nous empêche pas d’avoir le dialogue avec les pouvoirs publics, ceci ne nous empêche pas d’avoir la concertation et le partenariat avec les entreprises et avec les professionnels.

Partenariat, j’emploie le mot délibérément. Aujourd’hui, c’est aussi des vœux que le CSA vous présente. Naturellement, on a violé le délai de convenance, on aurait dû faire ça avant le 31 janvier, mais on l’a fait exprès, pour fusionner cela avec cet anniversaire (on a en quelque sorte arrêté la pendule, comme on le fait de temps en temps à la Commission européenne).

L’an dernier, je vous avais dit, parce que l’audiovisuel est le fait d’entreprises, le CSA se doit de porter sur elle un nouveau regard et de les considérer comme des partenaires. Grâce à la détermination du conseil et de ses services, je crois que ce souhait est en passe d’être réussi.

J’avais dit l’an dernier comment nous concevions la régulation et comment nous comptions la mettre en œuvre. Je vous avais dit notamment : cette régulation sera ambitieuse, elle sera dynamique, elle sera anticipative. Je crois que nous pouvons ne pas être trop mécontents du résultat.

J’avais formulé deux autres souhaits. Le premier, c’était que l’on transpose au plus vite la directive communautaire. J’en rends grâce au Gouvernement et au Parlement, cette transposition est dans la dernière ligne droite, et si tout va bien, elle devrait être achevée demain soir.

J’avais exprimé un autre souhait, que l’on substitue aussi systématiquement que possible l’accord, je parle de l’accord professionnel ou interprofessionnel à la norme, que l’on substitue aussi systématiquement que possible la régulation à la réglementation, parce que la grande force d’un régulateur, et les ministres ici présents me pardonneront de le dire, c’est sa capacité à réagir et sa capacité à différencier beaucoup plus qu’on ne peut le faire par la voie de décret.

Le travail qui a été accompli ces derniers mois par David Kessler et Dominique Richard, que je salue, sur les rapports entre les producteurs des chaînes de télévision montre que les esprits sont mûrs. La mission qui a été conduite par eux se traduira, du fait des accords qui ont été signés, par un élargissement du pouvoir d’appréciation du CSA sur les obligations des uns et des autres, et je le dis avec force, le CSA sera tout particulièrement attentif à ce qui touchera à la durée des droits et à la circulation des œuvres.

J’ai un tout petit regret par rapport aux vœux que j’avais formulés l’an dernier, on a un peu dépoussiéré, mais l’aspirateur n’a pas été assez puissant.
Ce que nous allons faire maintenant : les chantiers du CSA s’inscrivent dans la continuité de l’œuvre qui a été accomplie depuis vingt ans. Continuité, durée, longévité. Pardonnez-moi un tout petit moment de mauvaise humeur. Depuis 1989, j’entends dire et je lis que le CSA va être fusionné, ou qu’il sera découpé, comme un bon vieux rôti, qu’il sera purement et simplement supprimé, voire, c’est le dernier mot à la mode, qu’il serait sublimé dans une autre institution. Je dois dire que ça me fait un petit peu sourire, parce que de toutes les instances de régulation de l’audiovisuel qu’a connues la France, le CSA me paraît être la seule à avoir traversé l’alternance, et si j’ai bien compté, il en a même traversé quatre.

Qu’est-ce qu’on n’entend pas dire sur le CSA qui est moribond, sur le CSA qui n’a plus rien à faire, qui n’a plus de pouvoir, qui n’a plus de compétence ? J’ai un énorme défaut, énorme, pour mon entourage surtout, c’est que je ne jette rien. J’ai une grosse chemise CSA, enfin, des dizaines de chemises CSA, dans lesquelles j’ai entassé des déclarations, des articles de journaux, etc.
Onze jours après l’installation par le président Mitterrand, dans un journal digne de ce nom, « Le CSA est-il vraiment utile ? » (grand titre).

1995 : « A quoi sert donc le CSA ? » Toujours dans des titres chics, je ne suis pas allé chercher ça n’importe où en Italie. 1999 : « Le CSA impuissant face au bouleversement audiovisuel », c’était il y a dix ans. Aujourd’hui : « avec les nouveaux comportements des téléspectateurs, le CSA n’aura plus rien à faire. »

Tout cela est quand même un petit peu triste, parce que, on dira par gentillesse que c’est de la méconnaissance, mais peut-être que si c’est de la méconnaissance, c’est de la faute du CSA. On pourra dire que c’est de la provocation, la provocation, c’est vrai que ça peut être assez rigolo, moi, j’aime bien la provocation. Je pense que Molière aurait dit tout simplement : c’est du béjaune.

La télévision, qu’elle soit diffusée par l’ADSL ou par tout autre mode de diffusion, elle reste de la télévision. La télévision que l’on regarde sur son ordinateur, la radio qu’on entend par son ordinateur, ça reste de la télévision et de la radio. Et ces télévisions et ces radios, elles continuent de relever de la juridiction du CSA, qui leur donne des autorisations, qui passe des conventions avec elles, qui les soumet à un régime de déclaration.
Pourquoi est-ce qu’en France on ne veut pas parler d’audiovisuel sans se croire obligé d’adopter une posture ? Je le dis très franchement, je préfère lire celui qui aujourd’hui a reconnu très honnêtement et très lucidement « les mille missions et tâches diverses du CSA ». Celui-là, il a raison.
Regardons les choses en face. Je prends trois exemples, j’aurais pu vous en imposer trente, mais je dois respecter le calendrier présidentiel.

Premièrement, le travail énorme qui a été accompli en 2008 par le Conseil, travail énorme, parlez-en aux membres du collège, parlez-en aux directeurs, parlez-en à nos collaborateurs, ils n’ont jamais autant travaillé que l’année 2008, et je dois dire qu’ils ne s’en plaignent pas trop, parce que ce qu’on leur a fait faire était finalement relativement intéressant : extension, je devrais dire généralisation de la télévision numérique terrestre, lancement de la haute définition par voie hertzienne, télévisions locales, radios numériques, renforcement de l’action internationale chère au président Hervé Bourges, propositions pour l’adaptation des règles relatives aux campagnes électorales, travail effectué sur les télévisions destinées aux tout petits, aux petits, aux moins petits, travail sur la protection de l’enfance et de l’adolescence… Je ne vais pas énumérer tous ces chantiers. Cela a donné lieu à beaucoup de décisions, à beaucoup de délibérations, à beaucoup d’initiatives qui ont été prises par le Conseil, et véritablement, cette année 2008 a été une année formidable du point de vue du travail accompli par l’institution.

Deuxième exemple : l’an dernier a été très largement consacré à la réforme de l’audiovisuel public, et notamment à la préparation de la loi, à la préparation déjà de certains de ses décrets d’application, à la préparation aussi du futur cahier des missions et des charges de France Télévisions. Le CSA a lui-même travaillé énormément sur le sujet, et la quasi-totalité de ses propositions et de ses recommandations, on les retrouve dans les différents documents qui ont jalonné l’élaboration de la loi.

Troisième illustration, la loi elle-même, celle qui sera définitivement votée demain. Elle associe le CSA à la préparation du contrat d’objectifs et de moyens des chaînes publiques. Elle lui donne des pouvoirs sur le placement de produits, qui n’est pas aujourd’hui réglementé dans notre pays. Elle élargit, ça, on s’en glorifie moins, les sanctions, l’éventail des sanctions, mais en même temps, elle le rend plus pertinent parce que c’est vrai que c’est un travail qui, contrairement à ce que croient les gens qui nous assimilent à des gendarmes, ce n’est pas ce que nous jugeons le plus gratifiant. Elle nous autorise à accorder aux collectivités locales la possibilité d’installer des réseaux d’émetteurs ou de réémetteurs complémentaires pour les zones non couvertes par la TNT. Et surtout, en transposant la fameuse directive dont je parlais tout à l’heure, elle donne des pouvoirs nouveaux de régulation au CSA concernant les nouveaux services audiovisuels, en particulier la télévision de rattrapage et la vidéo à la demande.

Quelles sont les lignes de force, à partir de ce constat que le CSA est, à l’aube de l’année 2009, renforcé dans ses missions, dans ses compétences, dans ses pouvoirs ?

J’en vois trois mais je pourrais en décliner beaucoup plus.

La première, c’est une poursuite, c’est la maîtrise du passage au tout numérique. Je rends un hommage particulier au président Dominique Baudis, vous savez que c’est lui qui a mis en place le chantier de la télévision numérique terrestre, dont on connaît aujourd’hui les magnifiques résultats. Je dois dire que, quand je vous ai remis à vous-même ainsi qu’au premier ministre le rapport que j’avais établi en 2002 sur la TNT, je ne savais pas qu’elle serait aussi rapidement et aussi fortement un succès.

Deuxième ligne de force, la réponse à la demande sociale. Comment s’exprime-t-elle ? Elle s’exprime d’abord, et s’exprimera de plus en plus, par l’accessibilité des programmes aux personnes handicapées, celles qui souffrent d’un handicap auditif ou d’un handicap visuel. Nous sommes très heureux, au CSA, de travailler avec Jérémie Boroy, le président de l’UNISDA, avec lequel nous faisons un boulot formidable pour accroître la proportion des programmes qui sont accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes, soit par la langue des signes, soit par le télétexte.

Je me réjouis du travail que nous allons poursuivre avec Gilbert Montagné, que je remercie beaucoup de sa présence parmi nous ce soir, parce que sur l’audiodescription, et je sais qu’il y a déjà un certain nombre d’opérateurs, et pas seulement des opérateurs publics, qui sont très sensibles à la question de l’audiodescription et je les en félicite. Nous allons y travailler parce que la nouvelle loi nous le dit.

La protection des consommateurs. Nous devons, en cette période de mutations technologiques très fortes qui se traduisent par une floraison de sigles, entre lesquels la population bien souvent se perd, nous devons veiller à ce que les règles posées par la loi pour prévoir notamment le passage à la télévision numérique dans de bonnes conditions pour les consommateurs, qu’ils puissent être dotés des équipements et du matériel nécessaires, nous y travaillerons avec les organisations de consommateurs.

La protection de l’enfance et de l’adolescence, sur laquelle un travail considérable a été fait par Nadine Morano et par Agnès Vincent Deray ces derniers mois, et qui va se poursuivre dans le cadre de la mission confiée à Agnès, restera aussi une des priorités du CSA.

Dans la réponse à la demande sociale, j’évoquerai également la question de la diversité, je le ferai brièvement. Vous avez entendu il y a quelques semaines ce que certains ont appelé le coup de gueule du CSA sur la question de la diversité. Je ne sais pas si c’était un coup de gueule, en tout cas, nous avons exprimé très fortement notre indignation devant une situation qui n’avait pas évolué en dix ans, entre 1999 et 2008, où on a constaté que la diversité selon les origines n’avait pas progressé, que la diversité selon le sexe n’était pas respectée, contrairement à ce que l’on peut croire à première vue, que la diversité selon l’origine sociale était complètement bafouée, que dans un pays où 23% de la population active est constituée d’ouvriers, 1 % seulement des personnages de la fiction sont des ouvriers.

Ce sont sur tous ces chantiers de la diversité sur lesquels nous allons travailler cette année, en liaison étroite avec les pouvoirs publics, puisque la question de la diversité est aujourd’hui appréhendée de manière beaucoup plus globale par l’État.

Maîtrise du passage au tout numérique, réponse à la demande sociale.
Troisièmement, enfin, et ça, je le dis avec beaucoup de précautions parce que je vous connais, la qualité des programmes. C’est un sujet extrêmement délicat. (C’est pour ça d’ailleurs qu’on m’apporte de l’eau, probablement.)
En chaque Français sommeille un directeur de programmes. Chaque Français a son idée sur la télévision, chaque Français a son idée sur les programmes et chaque Français sait ce qu’il faudrait faire le lundi à 23 h 30 sur chacune des chaînes.

Le problème, c’est que tout ça, ça ne s’improvise pas, la direction des programmes, c’est un métier. Au CSA, on aimerait bien arriver à démontrer que l’objectif de la régulation, c’est les programmes. Si on fait de la régulation, on la fait par les programmes, et si on fait de la régulation, on veut la faire pour les programmes.

Donc la finalité de la régulation, c’est effectivement le contenu. Alors comment faire ? Ce que j’aimerais bien, c’est qu’on arrive une bonne fois pour toutes à réconcilier l’audience et la qualité, tout ce que vous, professionnels de l’audiovisuel, cherchez en permanence à atteindre et qui vous conduit à privilégier tantôt l’une tantôt l’autre, non pas parce que vous seriez indifférents à l’égard de la qualité mais parce qu’il y a les nécessités que nous connaissons bien.

Je voudrais que tous les décideurs de France, les décideurs politiques se mettent bien dans la tête que l’innovation audiovisuelle est créative de richesses. Elle est créative d’emplois : environ 250 000 personnes travaillent aujourd’hui dans le secteur audiovisuel, dans toutes ses composantes. L’audiovisuel est l’un des rares secteurs de l’économie française à aujourd’hui créer des emplois. Il est créateur d’exportations, mais pourquoi est-ce qu’on arrive à exporter beaucoup de dessins animés à l’étranger et pourquoi on a tellement de difficultés à exporter la fiction ? N’y a-t-il pas un petit problème de réglementation sur ce point ?

C’est créateur de valeur, de richesses. Qu’est-ce que l’on peut faire pour redonner au court métrage la part qu’il devrait avoir à la télévision ? Le service public fait des choses en ce sens. J’ai bon espoir que le cahier des missions et des charges de France Télévisions aille aussi dans ce sens. J’y insiste, le court métrage, c’est quand même la voie de passage obligé pour dégager des talents de cinéma.

Qu’est-ce que l’on peut faire pour que les nouveaux talents aient leur place sur les chaînes publiques et sur les chaînes privées ? Qu’est-ce qui fait un frein à tout cela ? Pourquoi est-ce que la fiction française peut avoir tant de difficultés à s’exporter ?

Voilà des sujets sur lesquels j’aimerais beaucoup que le CSA, avec l’ensemble des professionnels concernés, réfléchisse. Tout ne dépend pas de lui. Beaucoup de choses dépendent des décrets et de la loi réglementaire, beaucoup de choses dépendent naturellement des chaînes, beaucoup de choses dépendent du monde de la production. Au fond, ce que j’aimerais, c’est que nous puissions rassembler toutes ces parties pour essayer de dégager ensemble un certain nombre d’idées, et on verrait comment essayer de les mettre en application.

Mais ne l’oublions pas, la qualité, elle a son prix. Pour faire des émissions de qualité, il faut pouvoir les financer. Or, je le dis inlassablement depuis deux ans, l’audiovisuel français est en état de sous-financement, qu’il s’agisse du secteur privé ou du secteur public.

Ce n’est pas seulement parce que c’est son métier que le CSA exprime sa forte conviction dans l’avenir de l’audiovisuel, ce n’est pas pour la défense d’un quelconque pré carré, accordez-nous ce crédit.

Je constate que la radio n’a pas tué la presse, que de la télévision on n’a tué ni la presse ni la radio, et j’en déduis qu’Internet ne tuera ni la presse ni la radio ni la télévision.

L’audiovisuel restera un secteur dynamique, restera un secteur créatif. On constate que l’audience globale de la radio et l’audience globale de la télévision se maintiennent à un niveau très élevé. L’an dernier, on a acheté en France près de 6 millions de téléviseurs. 6 millions ! Cela veut dire qu’un foyer sur quatre a fait la démarche d’acheter un téléviseur.

Alors pourquoi est-ce que les médias audiovisuels ont cette force ? Et c’est une force irrépressible. D’abord parce que c’est lié à leur caractère de masse. La radio est un média de masse, tout comme la télévision, où l’on s’adresse simultanément à l’ensemble du public ou à l’ensemble d’une catégorie de public.

C’est ensuite leur capacité d’investissement. Ce que peut investir le secteur de la radio, et plus encore celui de la télévision, ce sont des sommes considérables. Bien sûr, il faut les alimenter, je l’ai dit tout à l’heure. Mais ça aussi c’est quelque chose que d’autres n’ont pas et qui restera un des éléments majeurs de la force des médias audiovisuels.

Le troisième élément de cette force, c’est leur aptitude à décliner, et on le voit aujourd’hui quand on parlait de produits dérivés il y a quelques années, puis on a commencé à parler de média global, puis on a commencé à parler de la possibilité de consulter les émissions après leur diffusion, de les mettre dans des grands catalogues dans lesquels on allait désormais puiser. Tout ceci aussi, c’est à porter au crédit des médias audiovisuels, et c’est de mon point de vue le troisième de leurs atouts.

Notre société, et la société française comme les autres, a donc besoin de l’audiovisuel. Cet audiovisuel qui fabrique le lien social, qui est nécessaire à la préservation, à la consolidation, à la promotion de toutes ces valeurs auxquelles nous sommes les unes et les autres attachés, qui sont le socle de notre république, qui sont le socle de notre société et qui sont des valeurs pour lesquelles nous devons tous les jours nous battre, car nous voyons bien qu’elles peuvent être menacées.

Là aussi, rendons hommage à l’audiovisuel français, parce que, à sa manière, il contribue lui aussi à la défense et la promotion de ces valeurs.

Bon, moi j’ai été parfait, j’ai respecté à la minute le timing qui m’avait été imparti.

Nous avons donc quelques minutes de récréation avant l’arrivée du Président de la République.


Transcription écrite de la vidéo réalisée par Système Risp pour l’Unisda.

Retour au communiqué CSA : priorité à l’accessibilité des programmes télévisés


 

 

Document sans titre

©2005-2013 - UNISDA - 37-39, rue Saint-Sébastien - 75011 PARIS | Tél. : 01.44.07.22.59 Contacts
Réalisé par Etrecreatif