Lecture labiale 01 html

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Les mouvements des lèvres, mais pas seulement eux, les tensions du visage, sont des informations absolument nécessaires pour toutes personnes qui cherchent à entrer en communication par l’oral avec l’autre, que cet autre soit entendant ou sourd. La lecture labiale est une affaire difficile à cause des homonymies labiales et des phonènes qui ne sont pas vus. En effet, certains phonènes ont une articulation postérieure: l’orbiculaire des lèvres ne bouge pas ou peu, et on ne peut pas les distinguer. D’autres phonèmes ont la même aperture, une tension du visage presque identique, et ces phonèmes noyés dans le cursus d’une phrase sont très difficilement analysables par la personne qui lit sur les lèvres. Il faut donc que l’entraînement à la labio-lecture porte à la fois sur les différentes apertures de la bouche, sur les durées, sur les tenues des positions des lèvres, et qu’il y ait une intuition plus qu’une analyse des différences de tension à la fois des lèvres et du massif situé autour de l’orbiculaire des lèvres. L’entraînement à la lecture labiale est long et difficile. Il demande un grand effort d’attention de la part de la personne qui s’engage dans la voie de cet apprentissage. Mais ceci ne représente que l’aspect déchiffrage des composants du message. En plus de ce travail de déchiffrage des mots, un travail de suppléance mentale est nécessaire à la construction du message. Il faut que les mots aient un sens. Cette lecture ne peut être de qualité que si le sujet connaît la langue qu’il déchiffre. Ceci est essentiel et indispensable, et c’est ce qui fait que les petits enfants, les jeunes enfants, parfois les adolescents sourds et même certains adultes qui ont eu beaucoup de mal à accéder à la langue française gardent une difficulté de lecture labiale car elle ne fait pas référence à la langue norme qui existe, dont le fonctionnement est connu, donc reconnaissable. La lecture labiale peut être considérée comme une aide à la compréhension de messages utilisant, pour véhicule, la langue française parlée . En effet, lorsque nous parlons, les phénomènes articulatoires sont dépendants des lois phonétiques et articulatoires. Il y a influences réciproques des différents phonèmes les uns sur les autres, et dans ces influences il y a des dominantes, certains phonèmes dominent les autres, les commandent. Il est donc essentiel lorsqu’on essaie de communiquer oralement et de lire sur les lèvres, de connaître ces interactions et en particulier, l’usage des liaisons. C’est quelque chose que l’on apprend à l’école mais les liaisons se sont établies naturellement pour les enfants qui entendent pendant le temps d’appropriation du langage. Elles sont utilisées dans tout discours et ont besoin d’être connues de la personne sourde. La lecture labiale s’inscrit donc dans des projets très différents selon qu’il s’agit de personnes devenues sourdes, qui doivent apprendre à reconnaître une langue qu’elles avaient l’habitude d’appréhender par l’audition, ou d’un enfant sourd de naissance. Pour celui-çi le projet est non seulement de l’entraîner à la lecture labiale, mais aussi d’inclure l’appropriation du langage, c’est à dire d’utiliser les techniques adaptées aux difficultés de langage de l’enfant sourd pour que celui-ci fasse la démarche d’appropriation du langage oral et, enfin la démarche de référence à la langue norme. On sait que la maîtrise du sens et le fonctionnement de la langue orale et écrite, pour un enfant sourd de naissance, est une affaire de longue haleine et que cette maîtrise n’est pas toujours parfaite. Donc les exercices de lecture labiale doivent se continuer tout au cours de cette période pendant laquelle l’appropriation de la langue se fait petit à petit. Dans cette progression, la lecture labiale est à la fois un outil de reconnaissance de ce qui est connu, mais elle est aussi -et il ne faut pas l’oublier car c’est essentiel- un outil de découverte et d’enrichissement de la langue par hypothèse et suppléance mentale, donc par esprit de déduction, esprit que l’enfant sourd a remarquablement riche et présent en lui. En conclusion, plus vite l’enfant sourd a les moyens de raisonner et de comprendre la généralisation d’un mot, plus vite la lecture labiale devient chargée de sens. En ce qui concerne les personnes devenues sourdes, nous voudrions dire que plus vite elles trouvent de nouveaux repères, moins leur isolement est grand et plus la communication orale leur est accessible. Le but recherché pour une insertion sociale de qualité est que la personne sourde, qu’elle soit devenue sourde ou qu’elle soit sourde de naissance, ait la meilleure maîtrise possible de la lecture labiale.

Extrait de la communication de Madame Annie Blum,-Directrice du Centre d’éducation du langage pour enfants malentendants (CELEM) à Paris, Administratrice de l’Association pour la constitution d’un fond pour la surdité (ACFOS) – parue dans CCAH n°17 de 1991.

Les cours de lecture labiale peuvent être pris en charge par la Sécurité Sociale après entente préalable, lorsqu’ils sont prescrits par un médecin et effectués par une orthophoniste diplomée.

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