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Les attentes associatives

4. Les attentes associatives

4-1 Les plus grandes précautions

Les organisations actuelles, souvent non pérennes, se sont mises en place progressivement pour gérer l’absence de solutions institutionnelles nationales. Elles ne peuvent donc être qu’inéquitables et variables selon les ressources et décisions locales. Il convient de ne les remettre en cause que si des solutions alternatives répondant à l’ensemble des besoins sont proposables.

Cependant, il est attendu des orientations qui placent l’enseignement des jeunes sourds dans le cadre de l’Education nationale. La prise en compte des besoins éventuels de soin et d’éducation adaptée est à traiter hors de ce cadre. C’est donc dans les équipes éducatives et pédagogiques des établissements d’enseignement que doivent s’inscrire les professeurs spécifiques et les accompagnateurs en classe.

Quelle que soit la solution retenue pour ce qui concerne les accompagnements LPC en classe, il est attendu que les institutions susceptibles d’apporter une contribution, notamment financière (Education nationale, ARS et Conseils généraux) ne prennent pas de décisions qui n’auraient pour objectif que de se dédouaner d’une quelconque responsabilité. Si une réforme en profondeur est nécessaire, impliquant des transferts de responsabilités entre ministères, les moyens de financement doivent être autrement répartis.

4-2 La cohérence entre type de scolarisation et choix linguistique, ou projet de vie

Les élèves ayant fait le choix de la LSF comme langue première doivent en toute logique pouvoir être regroupés. Les projets « Pass » doivent se développer en tenant compte de la population locale concernée, sans exclure la possibilité de création de classes bilingues non « incluses » dès lors qu’un nombre suffisant de familles aurait retenu cette option.

La proposition de scolarisation au sein de ces regroupements pour des élèves ayant choisi l’option « langue française » ne peut être justifiée
que si leur famille s’est inscrite dans une perspective de bilinguisme « Langue française orale et écrite avec enseignement de la LSF ». Pour autant, les accompagnements spécifiques, notamment en LPC, doivent être garantis au sein des classes d’accueil en milieu ordinaire ;
ou si la fréquentation quotidienne d’autres jeunes sourds apparaît souhaitable pour l’équilibre psychologique de l’enfant.

Enfin, la possibilité de scolarisation individuelle doit être maintenue en y prévoyant au minimum l’indispensable accompagnement en classe (codage LPC). Les soutiens pédagogiques déjà existants doivent aussi perdurer.

Les ressources pédagogiques du secteur médico-social devraient être incluses dans le cadre de l’Education nationale (hormis celles qui sont nécessaires à l’enseignement dans les Unités d’enseignement), en particulier les professeurs CAPEJH disposant de la compétence d’enseignement en LSF, notamment les professeurs sourds.

Les « Pass » devraient se concevoir en termes de pôles ressources et de plates formes de gestion des moyens locaux plutôt qu’en seuls termes de scolarité regroupée.

4-3 Le respect total des choix linguistiques exprimés

Ce respect suppose :
le droit pour les parents à une information impartiale pour un choix éclairé et un formation adaptée :
l’abandon de présupposés réducteurs ;
le renoncement à un traitement global de la problématique ;
le respect de normes de qualité.

4-3-1 Information/formation des parents

La mise en œuvre d’un « Centre National de Ressources sur la surdité », conformément à la mesure 9 proposée dans le plan handicap auditif de février 2010, devra s’appuyer sur une concertation avec l’ensemble des personnes concernées.

La prise en charge financière des frais et pertes de rémunération professionnelle imputables aux formations doit être prévue.

Enfin, des recommandations précises doivent être faites en direction de tous les personnels susceptibles d’accompagner les familles, notamment avant la période où elles auront à exprimer un choix, visant à assurer l’impartialité des propos tenus.

4-3-2 L’abandon de présupposés réducteurs

Tous les parents sourds ne souhaitent pas une éducation bilingue type « LSF/français écrit ».
Tous les parents non sourds ne choisissent pas une éducation en seule langue française.
Tous les enfants implantés ne sont pas candidats à un projet LPC.
Tous les candidats à un projet LPC ne sont pas implantés.
Il n’existe aucun idéal imposable, même pas celui qui consisterait à envisager le développement d’un projet « implantation/langue française/LSF ».

4-3-3 Le renoncement à un traitement global de la problématique

Le besoin ou les bienfaits de la LSF ne sont pas généralisables à tous.
Chaque projet linguistique doit être traité dans sa totale spécificité, sans aucune subordination à un autre.
Les professionnels d’encadrement, d’enseignement ou d’accompagnement ne peuvent être compétents au sein de tous les projets ; ils doivent être formés de façon spécifique et différenciée.
Les regroupements d’élèves sourds, bénéficiant de modes de communication différents dans leur milieu familial conduit le plus souvent au développement du français signé, peu propice aux apprentissages linguistiques rigoureux, notamment chez les plus jeunes.

4-3-4 Le respect de normes de qualité

Le recrutement des personnels nécessaires doit être en lien avec les compétences attendues, spécifiques des différents projets linguistiques, sur la base des diplômes qui les garantissent.

4-4 La programmation de réponses concrètes

Il est attendu, dans chaque académie, l’organisation de concertations entre les différents acteurs possibles de la scolarisation des jeunes sourds (dont les associations). L’objectif serait, sur la base d’une analyse des moyens existants et des besoins à évaluer au préalable, d’envisager des organisations respectant les choix linguistiques, selon des modalités partenariales.

Parallèlement, il est attendu des propositions concrètes du ministère de l’Education nationale, dans le cadre de la scolarisation des jeunes sourds ayant un projet LPC et des besoins d’accompagnement à ce niveau. La non mise en application de la mesure 16 du plan handicap auditif (expérimentation de codage scolaire par mutualisation de codeurs LPC entre les élèves) doit donner lieu à d’autres propositions répondant clairement et rigoureusement à la problématique de la mise en accessibilité de la langue parlée en classe.

Un des principaux facteurs de réussite des dispositifs d’enseignement en LSF est la présence d’un fort pourcentage d’enseignants sourds dans les équipes pédagogiques, en particulier au niveau de l’école mais pas seulement. Un dispositif volontariste de formation d’un nombre important d’enseignants sourds doit être entrepris.

Au-delà de l’accès à l’information, les familles entendantes d’enfants sourds ne peuvent s’engager dans un projet bilingue que si elles pensent être compétentes pour le mettre en œuvre. Le plan ne prévoit que d’augmenter le volume de prise en charge des enfants (mesure 13 du plan Handicap Auditif 2010-2012) alors que le besoin principal se situe au niveau des parents qui doivent avoir accès à une formation adaptée à la LSF dès le dépistage de la surdité, car ce sont eux qui font entrer leur enfant dans le langage.

L’UNISDA, les associations d’usagers et les professionnels de la communication accessible demandent une concertation systématique préalable à toute décision engageant l’avenir scolaire des jeunes sourds.

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