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Centres relais et emploi : étude sociologique

Congrès de l’Unisda du 23 janvier 2009
Centres relais : quel impact sur l’emploi ? Avec :
Sophie Dalle-Nazébi, sociologue

Bruno Moncelle :

Sophie Dalle-Nazébi, qui devait intervenir ce matin, intervient maintenant. Mme Dalle-Nazébi fait une étude sur les gens, c’est de l’anthropologie, de la sociologie ?

Sophie Dalle-Nazébi :

Je suis sociologue, j’ai été embauché par Websourd. Je fais une étude sur l’expérimentation de la mise en place d’un centre relais, mis en place par Websourd. C’est pourquoi c’était intéressant que je fasse mon intervention juste après l’AGEFIPH car c’est dans ce cadre-là que j’interviens. Mon étude sociologique a été financée par la CNAF et la Fondation Initiatives, je voulais les remercier.

Pourquoi une sociologue à Websourd ? C’est pour rester en phase avec les besoins des sourds, c’est-à-dire que Websourd avait comme souci que les services de centre relais répondent toujours aux besoins des sourds dans leur quotidien, que ce soit au travail ou dans leur vie personnelle, la diversité des sourds. Donc je rencontre tous les usagers de VisiO08, pour savoir quelle est leur expérience, quels sont leurs usages, analyser avec eux la particularité de leurs besoins. Je rencontre aussi leurs interlocuteurs entendants, pour avoir également leur retour, puisque, comme l’a rappelé Sandrine Herman, il ne faut jamais oublier que ce problème de communication est partagé ; sans les interprètes, les entendants sont aussi handicapés pour communiquer avec les sourds. C’est la raison pour laquelle je rencontre les deux parties. Websourd s’est engagé dans cette étude par souci de responsabilité sociale de l’entreprise, pour être toujours en phase.

Un autre point, c’est participer à la pérennisation des services. M. Bacci et Mme Hamon ont parlé de la formation des interprètes et des vélotypistes, mais il faut aussi veiller à ce que le service soit vraiment utilisé dans les entreprises et à domicile, que les gens se l’approprient, car on ne devient pas usager du jour au lendemain. Il y a des personnes qui s’approprient le téléphone très vite, et d’autres qui en ont vraiment besoin, mais une fois qu’ils ont le téléphone, ce n’est pas forcément facile parce qu’ils ne connaissent pas le monde des communications téléphoniques. Donc réfléchir à tout cela, voir comment on peut accompagner cette appropriation de nouvelles technologies, donc être dans une démarche de développement durable. Voilà pourquoi je participe à ce développement, en faisant des observations, des entretiens.

Par exemple, je vais rebondir sur la présentation de l’AGEFIPH de ce matin. Ils ont passé un questionnaire et ils se sont rendu compte que beaucoup de personnes sourdes qui ne disposent pas encore de la visio-interprétation, la demande est pour les réunions d’abord et le téléphone ensuite. En fait, ce qui se passe, c’est que les personnes sourdes, spontanément, vont parler des situations de crise, des situations dont elles sont exclues de manière manifeste. Elles vont donc dire : pour les réunions, on a un problème. Amener la visio-interprétation dans une entreprise, souvent, c’est amener des interprètes dans des entreprises qui n’en avaient pas. Pour les réunions, faut-il toujours la visio-interprétation ou bien un interprète, tout simplement, qui se déplace physiquement ?

Ensuite, il faut voir en fonction des contextes. On a un usager qui habite dans les Alpes, où il n’y a pas beaucoup d’interprètes, donc là, pour des petites réunions, on peut effectivement utiliser la visio-interprétation. Mais sur Paris, a-t-on vraiment besoin de visio-interprétation pour des réunions programmées ? Ce n’est pas sûr.

Par contre, on s’est rendu compte que, dans les entreprises où des interprètes intervenaient régulièrement, la demande, c’est exclusivement et massivement du téléphone et des rendez-vous impromptus, c’est-à-dire pouvoir discuter avec un collègue la journée même pendant quinze minutes d’un point obscur, sans attendre une semaine qu’un interprète se déplace. Voilà à quoi sert le service des centres relais en entreprise.

Le dernier point sur lequel je dois travailler, c’est l’accessibilité. Qu’est-ce que c’est concrètement ? Il y a beaucoup à dire, mais je voulais insister sur le fait qu’on a besoin d’utiliser le service de visio-interprétation à la fois à domicile, au travail et dans les administrations. Prenons un cas évident, c’est la question des urgences. On ne va pas appeler les urgences seulement au travail ou seulement à la maison, il faut avoir accès au téléphone partout. Un deuxième exemple, c’est que le téléphone permet de planifier ses rendez-vous, de maintenir des contacts à distance, d’être réactif. Par exemple au travail, on a besoin de régler des problèmes personnels en réservant un baby sitter, ou prendre rendez-vous chez le garagiste. Ainsi, ces problèmes sont réglés, et on est disponible pour travailler.

Inversement, on en a besoin à domicile. Par exemple, j’ai rencontré une personne qui est tailleur de pierre en Auvergne, qui ne trouvait pas de travail. Depuis qu’il a eu la visio-interprétation, il a pu téléphoner, se renseigner pour savoir où on avait besoin de son expertise, de quelle formation complémentaire il avait besoin, et de fil en aiguille, il a trouvé un travail et une formation, il va aller à Montpellier. Maintenant, la visio-interprétation va lui servir à autre chose. Comme cette autre personne que j’ai rencontrée, qui a trouvé un travail dans un centre d’impôts et qui doit faire une formation à Lyon. Ces deux personnes-là vont maintenant utiliser la visio-interprétation pour gérer leurs déplacements, trouver une location, prendre rendez-vous avec l’assistante sociale et le médecin pour avoir l’aide technique et humaine dans leur formation.

Sans la visio-interprétation, soit ils se faisaient assister, soit ils se déplaçaient, mais c’était la galère. Donc voilà à quoi sert la visio-interprétation. Au travail aussi, il faut être réactif. Si on envoie un texto ou un e-mail et qu’on attend deux heures ou deux jours pour savoir si la personne l’a reçu, c’est stressant et ce n’est pas efficace. Voilà le genre de récits que je reçois.

Je voulais insister sur le fait que les services de centre relais, ça permet tout simplement, mais c’est énorme, d’être plus autonome et plus responsable dans tous les secteurs. Je ne sais pas si j’ai répondu vraiment à ta question…

Bruno Moncelle :

Merci. J’ai une autre question : par exemple, pour prendre un téléphone, ici, c’est un téléphone des années 70, je vais essayer… Donne-moi ton micro… Il marche ? Il les branché, d’accord. Je vais appeler quelqu’un… S’il te plaît, on m’appelle, je suis sourd, je ne peux pas répondre. Tu as dit que le téléphone, on ne pouvait pas s’en servir, il faut donc des centres relais, c’est ça ?

Sophie Dalle-Nazébi :

Oui.

Bruno Moncelle :

Ah !

Sophie Dalle-Nazébi :

Merci, tu me permets de rebondir. Justement, j’ai beaucoup apprécié l’intervention de la réalisatrice tout à l’heure, car les services de visio-interprétation, ce n’est pas que pour les sourds, c’est aussi pour les entendants, pas simplement pour éviter de faire l’assistant, mais aussi pour téléphoner. Dans le cadre de mon enquête, j’ai demandé aux entendants quels étaient leurs critères et leurs attentes, et j’insiste sur le fait que, eux aussi, ils veulent des appels où il y a fidélité du message et confidentialité de la communication, et qu’il faut faire attention à la qualité du service pour eux aussi.

Bruno Moncelle :

Bravo, merci beaucoup. Merci à Sophie pour son intervention.

Transcription écrite assurée par Système RISP, partenaire du congrès de l’Unisda.

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